La balance des paiements est l'une des parties des comptes de la Nation les plus suivies par la science économique et se trouve toujours en bonne place dans les politiques économiques relatives à la croissance.
Les échanges entre le pays et le reste du monde sont en effet divers, et portent sur des biens et des services, de la monnaie, des titres de créance, de l'or. Parmi les agents échangistes figure l'Etat qui intervient de deux manières : il peut comme un autre agent vendre et acheter des biens et des services ; mais il est en outre le seul responsable de l'émission de monnaie sur le territoire national. Or les opérations de paiement ou de crédit à l'occasion des échanges avec l'extérieur peuvent compromettre fortement la politique monétaire et la politique économique.
Dans ces conditions d'une part l'Etat est amené à détenir la plus grande partie du stock de moyens de règlement avec l'extérieur, or et devises, et d'autre part, pour apprécier correctement les besoins et moyens de paiement, il dresse la comptabilité des échanges de chaque période annuelle. Ce document est la balance des paiements.
Tableau comptable, la balance des paiements relève les règlements effectivement réalisés entre les résidents et les non résidents (ceux qui n'habitent pas dans la zone monétaire du pays). Deux postes de ce relevé sont à préciser.
Le premier comprend les opérations courantes, échanges commerciaux en biens et services, qui composent la balance commerciale, et les paiements de revenus.
Le second poste reprend les opérations dites en capital : prêts ou mouvements de fonds à court ou à long terme, du secteur privé et du secteur bancaire, opérations de compensation à l'initiative de l'Etat pour combler un déficit ou éponger un excédent, puisque la balance doit au total être équilibrée. Ce financement de compensation se fait grâce aux stocks détenus par l'Etat en moyens de paiement, or et devises.
Signification de la balance des paiements. On peut retenir les points suivants :
1. La compétitivité et l'efficience de l'économie sont assez correctement appréciées à l'aide des séries des exportations sur plusieurs années successives et de leur composition. En effet, l'exportation suppose des prix modérés, donc une productivité satisfaisante.
Le prix des produits exportés et importés fournit un bon indicateur de la position de l'économie à l'égard de l'extérieur, sous la forme des termes de l'échange : ils donnent le volume de biens et de services qu'un pays peut importer grâce à ses exportations. Les termes de l'échange, d'usage constant dans les études statistiques et l'élaboration des politiques de développement se calculent à partir de la balance commerciale.
La balance commerciale indique également la phase d'évolution de l'économie, expansion ou palier ou récession. Un volume important d'échanges marque en effet un mouvement d'expansion ; celle-ci est régulière si les exportations et les importations croissent au même rythme. Un excédent de la balance marque en général le début de la phase expansionniste ; son déficit indique que la cadence de la croissance est trop rapide pour le pays, dont les besoins intérieurs augmentent plus vite que les possibilités d'exportations.
Les indications de la balance des paiements sont précieuses pour la situation monétaire et l'avenir immédiat de la croissance.
Le problème peut se traduire ainsi : l'économie nationale peut-elle équilibrer sa balance des paiements ? A. très court terme le déficit enregistré sur les opérations courantes et les sorties de capitaux, s'il existe un déficit, peut être couvert par des emprunts à l'extérieur ou des cessions du patrimoine ; mais si l'économie produit trop cher, son unité monétaire perd progressivement sa valeur relative par rapport aux autres unités monétaires, les importations deviennent coûteuses pour l'économie, les exportations difficiles car trop chères.
L'importance et la régularité des transferts de capitaux à destination de l'extérieur, le déficit persistant de la balance commerciale notamment sur les postes de marchandises nécessaires à l'économie et dans les secteurs de pointe, sont des indicateurs sûrs d'une situation difficile.
4. On associe traditionnellement la composition de la balance des paiements et son évolution à la notion de développement plus ou moins avancé du pays. Une balance des paiements, dont la balance commerciale est déficitaire en raison d'importations massives de biens d'équipement, et qui s'équilibre grâce à des prêts à long terme fournis par l'extérieur, indique un pays en voie de développement.
A l'inverse, si le compte des opérations courantes est en excédent, excédent qui est prêté à l'extérieur, on a affaire à un pays dont la première phase de développement est achevée ; son économie peut être qualifiée d'adulte.
L'ÉQUILIBRE DE LA BALANCE DES PAIEMENTS.
La balance est un état comptable équilibré. Parler de l'équilibre de la balance des paiements, c'est donc étudier la manière dont se réalise cet équilibre, et le cas échéant, chercher à modifier les modalités de l'équilibre. Le problème, étudié dès le début de la réflexion économique, est très complexe. Le déséquilibre peut être passager, dû à une conjoncture particulièrement défavorable (suites d'une guerre par exemple) ; il peut être de très longue durée ; ce n'est plus seulement certains mécanismes qui sont concernés, mais l'ensemble des structures nationales, qui ne permettent plus un fonctionnement normal avec l'extérieur.
On peut en général résorber un déficit ou un excédent passager par des mesures de politique économique intérieure, en réduisant la hausse des prix et en favorisant les secteurs de l'exportation dans le cas par exemple d'un déficit causé par une légère faiblesse de la balance commerciale, A. un moment où l'allure générale des économies est marquée par une inflation souvent appréciable, le problème consiste à se maintenir dans une moyenne acceptable de hausse de prix.
Certaines conséquences des politiques de réajustement de la balance doivent être soulignées. Un déficit trop important dû à de trop fortes importations et des exportations insuffisantes parce que trop chères, nécessite la réduction de la consommation intérieure et des coûts de production, donc des salaires ; c'est le niveau de vie des ménages qui est menacé. Les conséquences sont les mêmes si l'Etat a recours à la dévaluation de la monnaie pour modifier les termes de l'échange à son avantage.
La résorption d'un excédent de la balance des paiements, situation plus rare que la précédente, entraîne un ralentissement d'activité dans les secteurs d'exportations, et des risques non négligeables de récession pour les autres secteurs, par diffusion progressive de la baisse du revenu.
A un déséquilibre de longue période de la balance des paiements, la politique économique n'apporte que des remèdes partiels. Si le déficit persistant tient par exemple à une insuf fisance démographique ou de la population active, ou bien à la disparition de ressources naturelles, une dévaluation ou toute mesure de ce genre ne crée pas brusquement les hommes ou les biens manquants. Ce sont les structures économiques et même les structures sociales qu'il faut modifier.
Les mesures proprement économiques concernent surtout les choix relatifs à la création des investissements, choix entre les branches d'activité et entre les localisations géographiques, ainsi que la poursuite de l'innovation dans les secteurs de l'exportation.
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