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L'emploi.    

L'emploi dans une économie est égal, dans le sens macro­économique, au nombre d'individus occupés à des tâches productives rémunérées. Cet emploi est dépendant pour les salariés et indépendant pour les autres travailleurs.

Dans un sens plus large, la notion d'emploi ne se limite pas au travail, mais s'étend à tous les facteurs de production. L'acception courante reste toutefois relative au travail.

Au plan microéconomique, l'emploi peut être défini comme l'ensemble des tâches qui constituent le travail de l'individu. A ce niveau, l'emploi semble intéresser beaucoup moins la science économique que d'autres sciences comme l'ergonomie, la psychophysiologie du travail, etc. Cependant, l'étude micro-économique de l'emploi, liée à celle de la formation, se rat­ tache directement à l'analyse de la production ; elle approfondit en effet les conditions dans lesquelles se créent et s'utilisent les forces de travail à des fins productives. C'est dans la mesure où cette étude est complète que l'analyse macroéconomique de l'emploi aboutit à des résultats précis.

En effet, c'est cette analyse macroéconomique qui constitue pour la science économique l'un des problèmes les plus difficiles. L'emploi est l'une des grandeurs dont l'évolution est fondamentale pour la détermination du produit global et du revenu global. En raison des caractères sociopolitiques qui s'attachent à la notion d'emploi, elle est devenue progressivement une donnée pour l'analyse économique, c'est-à-dire une variable exogène dont les marges de modification sont étroites. La notion d'emploi est en définitive dominée par le problème du plein emploi.

DÉTERMINATION DU NIVEAU DE l' EMPLOI. La THÉORIE ÉCONOMIQUE A ÉVOLUÉ SUR LE PROBLÈME.

I. •— La définition de l'emploi parle de population occupée, c'est-à-dire d'un effectif obtenu en retranchant de la population active disponible, le total des chômeurs. Qui est chômeur pour la théorie économique ? Une première catégorie est constituée par les travailleurs que l'inertie des structures, l'insuffisance d'adaptation entre offre et demande privent de travail : c'est le chômage frictionnel, que la théorie accepte comme une
donnée quand elle élabore les modèles sur l'emploi.

L'analyse économique considérait naguère qu'en dehors de cette catégorie il ne pouvait y avoir chômage, puisqu'à tout moment l'équilibre s'établit entre offre et demande de travail par variation du salaire qui est le prix du travail. Si par exemple apparaît un certain chômage, la diminution du salaire, consécutive à l'excès d'offre de travail, encourage les entreprises à accroître leur demande, et un nouvel équilibre s'instaure où tous ceux qui acceptent de travailler aux nouvelles conditions de salaire peuvent le faire.

Si on accepte ce raisonnement, on conclut que le plein emploi est réalisé à tout niveau de salaire, et que le chômage n'existe que pendant le temps, 1res court, des ajustements nécessaires.

II. — On peut adopter une autre hypothèse, celle d'une forte rigidité du niveau des salaires malgré l'apparition du chômage. Dans ces conditions, si au départ l'activité économique est telle que toute la population active disponible est occupée (sauf la frange qui constitue le chômage frictionnel), ou se trouve dans un régime de plein emploi ; ou bien la production se trouve au début inférieur à ce niveau, une certaine quantité de chômage apparaît, on est en régime de sous emploi.

À partir de là, on est amené à concevoir diverses politiques économiques pour conserver le niveau d'activité impliquant le plein emploi du travail ou pour le retrouver. Ces politiques sont de deux sortes, celles qui mettent l'accent sur le financement d'investissements neufs, et celles qui sont centrées sur l'accroissement de la consommation des ménages grâce à une modification de la répartition des revenus.

III. — Actuellement la théorie économique doit partir d'hypothèses nombreuses et bien plus contraignantes que celle de la rigidité des salaires ; par exemple :

•  aucune rémunération ne peut être inférieure à un niveau déterminé légalement ; les salaires sont totalement rigides dans le sens de la baisse, par contre leur accroissement doit en vertu d'impératifs sociaux intervenir de période en période, abstraction faite de toute considération économique ;

•  la recherche d'un emploi doit être aussi brève que possible, de même que la durée de vacance de l'emploi dans la firme ;

•  l'embauche par la firme se fait aux mêmes conditions de salaire que l'emploi déjà existant.

On admet encore que la mobilité de l'emploi reste une condi­ tion normale de l'adaptation du marché ; mais on ne discute plus sur la nécessité absolue du plein emploi dans l'ensemble de l'économie.

Encore faut-il préciser cette notion de plein emploi. On est obligé pour cela de partir de l'emploi tout court de l'individu, pour pouvoir délimiter aussi clairement que possible la population active disponible : doit-on lui rattacher les travailleurs marginaux, qui bien qu'occupés parfois ne déclarent pas de profession déterminée ? comment calculer le taux de chômage frictionnel ? Doit-on élargir ou rétrécir la notion, c'est-à-dire en fait accepter ou refuser l'impératif de la mobilité de l'emploi ?

On conçoit que des réponses à ces questions dépend l'étendue de la prestation à accomplir par l'économie pour conserver sinon l'équilibre monétaire dans sa croissance, du moins l'équilibre en termes de richesse réelle, qui permet d'assurer à la population occupée un pouvoir d'achat en accroissement léger mais régulier.

Prévision de l'emploi.

De ces réponses dépend aussi en partie la possibilité d'une prévision en matière d'emploi. Cette prévision est nécessaire pour définir les moyens propres à assurer la croissance économique au rythme désiré, et pour obtenir ou sauvegarder le plein emploi à moyen et à long terme.

La mesure prévisionnelle doit tenir compte des impératifs relatifs à la notion d'emploi, manifestés par le travailleur, par la firme, par l'Etat, et de l'évolution de ces impératifs (exemple de la durée du travail, de l'âge de la retraite, etc.). Cette exigence complique l'analyse et l'élaboration des modèles de prévision, qui doivent déjà retenir les éléments concernant la production branche par branche d'activité et l'évolution probable de la productivité du travail.

Mais c'est ce dernier élément qui est le plus important et le plus délicat à évaluer, car il dépend du développement du pro­grès technique et de sa diffusion à travers l'économie. Il est également difficile à maîtriser. On peut en effet enrayer un mouvement trop rapide de croissance à l'aide des instruments de politique économique, mais l'expérience semble prouver que la propagation du progrès technologique obéit à des lois mal connues et son déroulement paraît irréversible.

Enserrée entre les deux butoirs, celui de la promotion sociale de l'emploi et celui des perfectionnements techniques, l'analyse de l'emploi demeure l'un des objets majeurs de la science économique actuelle.

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