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L'épargne.    

L'épargne, qui est un fait courant dans la vie économique, est cependant l'une des notions que la science économique a eu beaucoup de peine à circonscrire.

L'épargne peut se définir à partir du revenu de l'agent économique : elle est un des deux emplois du revenu, l'autre étant la consommation. L'épargne est donc une non consommation, mais elle ne doit pas apparaître comme le contraire d'une dépense, car elle est une manière d'utiliser, de dépenser le revenu.

Elle est le reste du revenu, un résidu, lorsqu'on a consommé. Mais une difficulté apparaît lorsque l'agent consomme plus qu'il n'a acquis de revenu, car l'épargne devient négative, ce qui n'a pas grand sens et oblige a des conventions de signe qui n'expliquent pas le comportement de l'agent économique de façon satisfaisante.

En effet, les enquêtes sur le comportement des ménages montrent que loin d'être un résidu l'épargne est une donnée, déterminée par des motivations antérieures à tout autre besoin et que l'agent consomme ce qui reste du revenu. Ces motivations sont presque toujours liées à l'accroissement de l'actif du ménage, c'est-à-dire de son patrimoine. L'épargne se définit donc comme la variation, en plus ou en moins, du patrimoine de l'agent au cours d'une période donnée.

Une analyse de l'utilisation de l'épargne par le ménage est nécessaire pour rendre compte complètement de la notion d'épargne, et préciser sa place dans le comportement de l'agent économique.

L'épargne peut être affectée soit k un prêt à. la consommation, et dans ces conditions l'épargne apparaît comme une consommation différée ou retardée :

•  soit à la conservation de biens sous forme de monnaie ;

•  soit au financement de l'investissement.

Ces trois affectations traduisent les comportements suivants : ou bien l'agent conserve de la monnaie, ou bien il acbète des titres ou acquiert des créances, ces titres et ces créances étant la contrepartie d'un investissement, ou n'avant pas d'autre objet que d'être mobilisés pour servir à la consommation au bout d'un temps plus ou moins long.

On comprend dès lors la distinction habituelle entre épargne réserve et épargne créatrice. Si en effet, considérant le revenu national, on totalise toutes les dépenses d'épargne, la fraction qui a été consacrée indirectement à des consommations va s'imputer en définitive sur la consommation globale. Il subsiste deux parts, celle qui est conservée en monnaie ou thésaurisée et celle qui finance l'investissement. La seconde seule est créatrice de biens et de services nouveaux.

Formation de l'épargne.

Elle est le résultat d'une décision des agents, les ménages, les entreprises et l'Etat, les entreprises et l'Etat se substituant d'ailleurs partiellement aux ménages dans l'affectation de leur épargne propre.

Le ménage qui épargne marque une préférence pour le futur, c'est-à-dire que l'utilité des biens disponibles est jugée plus faible que l'utilité future d'autres biens, qu'il faut traduire en valeur actuelle pour qu'elle soit comparable à la première. Cette préférence se manifeste sous l'effet de divers facteurs que l'analyse économique étudie en raison du rôle de l'épargne dans la croissance.
Ces facteurs sont le revenu du ménage (plus le revenu est élevé, plus le taux d'épargne est fort) ; le patrimoine et surtout sa constitution (si les actifs du ménage ne sont pas immobiliers, le taux d'épargne est élevé ; plus le patrimoine est important, plus le taux d'épargne est faible) ; le taux de l'intérêt dont l'incidence sur le taux d'épargne est moindre à l'heure actuelle qu'autrefois ; la composition du ménage (l'épar­ gne est proportionnellement plus forte dans un ménage avec enfants).

D'autres éléments interviennent pour modifier le taux d'épargne du ménage, notamment la stabilité monétaire et le toux de fiscalité.

Cette épargne des ménages est appelée épargne spontanée, qu'elle soit volontaire ou contractuelle, c'est-à-dire découlant d'un engagement pris par l'épargnant (notamment par contrat d'assurance).

Les autres agents économiques, entreprises et Etat, épargnent aussi ; pour l'entreprise il s'agit de l'autofinancement dégagé sur les profits de l'exercice, ce qui se traduit pour les actionnaires par une réduction du dividende, et pour les consommateurs par des conditions de prix moins avantageuses que celles qui auraient pu leur être faites par l'entreprise. L'Etat procède également à une épargne, lorsqu'il dégage un excédent de recettes par rapport à ses dépenses courantes.

En fait la théorie économique assimile cette épargne de l'entreprise et de l'Etat à une épargne forcée des ménages : notamment en ce qui concerne l'épargne de l'Etat, le prélèvement par l'impôt ou les cotisations parafiscales est ressenti psychologiquement par les ménages comme une épargne obligatoire. Et cela est justifié par le fait que la décision d'épargner ne vient pas des ménages et que l'emploi de cette épargne n'est sans doute pas celui qu'en aurait fait le ménage.

C'est ce type d'épargne qui existe en économie centralisée. La décision d'épargner appartient au planificateur qui calcule le montant nécessaire à l'investissement, donc à l'épargne. Les salaires et les prix des biens de consommation sont fixés de telle sorte que les ménages perçoivent juste ce qui est nécessaire à leur consommation ; seuls l'Etat et les firmes dégagent une épargne. On corrige les erreurs possibles de calcul en complétant l'épargne ou fonds d'accumulation par les emprunts nationaux destinés à éponger l'épargne existant chez les ménages.

Rôle de l'épargne dans l'économie.

L'épargne, on l'a vu, est nécessaire à l'investissement. Ce fait qui explique l'importance de l'épargne doit être analysé à deux points de vue, celui du ménage et celui de l'économie globale.

Du point de vue du ménage, la possibilité du choix (en économie décentralisée) entre consommation et non consommation n'implique pas que l'épargne formée sera créatrice de biens nouveaux. Le choix peut aboutir à la formation d'encaisses en monnaie fiduciaire, qui sont liées directement à la vitesse des échanges dans l'économie. Le ménage thésaurise.

Par ailleurs, le volume d'épargne créatrice formé par le ménage n'est pas directement investi par lui en général. C'est le placement de l'épargne qui permet l'investissement, ce qui suppose des organismes collecteurs de ces placements. La formation du capital pendant la période considérée va dépendre de la manière dont la collecte de l'épargne s'effectuera, compte tenu des motivations des épargnants. La multiplicité des orga­nismes spécialisés permet d'approcher toutes les catégories d'épargnants ; mais cet avantage est affaibli par la complexité et la lourdeur des circuits de collecte.

C'est pourquoi, au regard de l'économie globale, le problème important posé par l'épargne est celui de son équilibre avec l'investissement global pendant la période.

Du point de vue comptable, au terme de la période considérée, l'épargne formée est égale à l'investissement créé. La valeur du produit global en effet représente consommation et investissement. Le revenu global, identique au produit, se ventile entre dépense de consommation et épargne ; la part de la production non acquise par la dépense de consommation est donc de l'investissement, soit en équipement, soit en stocks, et a une valeur égale à l'épargne.

Mais comment l'économie a-t-elle réalisé cette égalité comptable ? Il est improbable qu'en début de période les programmes d'équipement soient égaux en valeur aux programmes d'épargne. D'où une source de déséquilibre : si l'investissement prévu est supérieur à l'épargne prévue, il y a un excès de demande de biens dans l'économie ; et si l'épargne est trop importante par rapport à l'investissement envisagé, la demande se révèle insuffisante. Il est nécessaire que les ménages et les entreprises modifient leurs comportements respectifs pour assurer le rééquilibre.

On conçoit les difficultés enregistrées par la politique économique qui désire la création d'un certain volume d'investissements sur une assez longue période, et qui est obligée de chercher un ajustement aussi correct que possible entre la dépense d'équipement et le volume d'épargne à trouver sur la même période. Un écart trop grand (qui joue toujours dans le sens d'une insuffisance d'épargne) ou bien rend impossible la réalisation du programme d'investissement, ou bien force à compléter l'épargne par une addition de monnaie créée par l'Etat, ce qui entraîne des risques d'inflation.

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