L'intérêt se définit couramment comme la rémunération du capital. Cette définition doit être précisée : l'intérêt est un prix, le prix du service constitué par l'usage d'une somme de mon naie. Le capital dont il s'agit n'est pas du capital technique mais du capital financier.
Comme tous les prix en économie décentralisée, l'intérêt va être déterminé sur le marché des biens correspondants que sont les capitaux, ou plus exactement les fonds prêtables.
La notion d'intérêt est importante en science économique d'abord par les raisons qui expliquent l'existence d'une telle rémunération, et ensuite surtout parce que la formation du prix des fonds prêtables doit être aussi bien connue que possible de même que l'incidence de ce prix sur le mouvement de l'économie.
Les agents en effet ne se satisfont pas la plupart du temps de leur revenu de la période et, soit pour consommer davantage s'il s'agit des ménages ou de l'Etat, soit pour investir s'il s'agit des ménages, des entreprises et de l'Etat, il leur est nécessaire d'emprunter. C'est donc sur les possibilités de consommation et d'investissement que l'action de l'intérêt se fait sentir ; on conçoit dès lors son importance en politique économique.
Le taux de l'intérêt.
L'étude des origines de l'intérêt est utile, non pour analyser les fondements moraux de la notion, ce qui échappe à la science économique, mais pour mieux saisir certains aspects de la formation du taux de l'intérêt.
Le versement d'un intérêt à l'occasion d'un prêt s'explique par le fait que le prêteur court un certain risque selon les circonstances et selon la personne, et également en raison du manque à gagner que constitue pour le prêteur la renonciation à l'usage immédiat de la somme prêtée.
Le montant, ou plus précisément le taux de l'intérêt, — montant versé sur une période pour un prêt de cent unités monétaires, — va donc varier selon la durée du prêt et ses circonstances.
Il existe, en conséquence, divers taux, qui se classent en deux grandes rubriques : les taux sur le marché monétaire, où s'échangent les fonds à court terme, les taux sur le marché financier, relatif aux échanges portant sur le long terme.
Il s'établit certes des relations entre ces deux marchés, grâce notamment aux Bourses de valeurs, mais les taux restent assez largement différents. Les taux à long terme sont plus élevés que les taux à court terme, le risque du prêteur étant plus important. Lorsque l'analyse économique raisonne sur le taux de l'intérêt, elle simplifie la réalité en considérant un taux moyen.
Formation du taux de l'intérêt.
Le taux de l'intérêt, comme tous les prix, est fixé par l'égalisation entre une offre et une demande. Leur nature n'est pas homogène : l'offre de fonds destinés aux prêts est constituée par l'épargne des agents, mais aussi par les avances et les crédits des banques, les motivations sont évidemment très différentes. De même la demande de fonds est exprimée par tous les agents, à des fins très diverses, comme la consommation, la thésaurisation, l'investissement neuf ou de remplacement.
En raison de cette hétérogénéité, le jeu de l'offre et de la demande risque de ne pas définir très précisément les relations entre ces quantités et le taux d'intérêt.
Pour l'offre de fonds, seule l'épargne est réellement liée au taux de l'intérêt. Les prêts et crédits bancaires le sont beaucoup moins ; ils dépendent davantage de la politique générale de la Banque Centrale.
Dans la demande de fonds, le crédit à la consommation est sensible au taux de l'intérêt, un peu moins la demande pour l'investissement : celle-ci en effet est fonction du développe ment technique et du mouvement du revenu national. Quant à la demande aux fins de thésaurisation, elle est peu sensible au taux de l'intérêt, et beaucoup plus à la conjoncture.
A partir du moment où la détermination du taux est subordonnée à l'action de facteurs assez nombreux, qui rend complexe la confrontation offre et demande de fonds, on conçoit qu'en sens inverse les variations du taux de l'intérêt ont une incidence délicate à préciser sur l'offre et la demande de fonds, tant en microéconomie qu'en macroéconomie.
Le taux de l'intérêt en microéconomie.
Le rôle principal du taux de l'intérêt se situe, en théorie de l'entreprise, dans le choix des investissements. Même si la firme n'est pas obligée d'emprunter pour investir, elle est amenée à tenir compte de l'intérêt qu'elle peut retirer des fonds consacrés à l'opération, et à comparer cette somme au rendement attendu de l'investissement projeté : si le bilan, recette attendue moins coût de l'investissement moins intérêt sur ce coût, est positif, la dépense peut être consentie.
On peut donc effectuer la comparaison entre plusieurs investissements envisagés. C'est pourquoi la notion d'intérêt n'est pas liée strictement à un système d'économie décentralisée ; même dans un système où le capital financier reste possession publique, il est nécessaire dans une étude prospective de calculer tous les coûts. Or si le capital ne coûte rien, cela signifie qu'il est un bien libre, surabondant, ce qui de toute évidence est inexact.
On doit, en conséquence, dans ce système comme dans les autres, évaluer ou fixer un coût du capital pour pouvoir choisir l'investissement le meilleur.
Le taux de t, 'intérêt en macroéconomie.
L'intérêt tient une grande place dans la politique économique. La part représentée par l'intérêt dans le revenu national, en tant que rémunération du capital, est trop faible pour jouer un rôle important dans la répartition des revenus.
C'est en tant que coût et motif de non-liquidité que l'intérêt intervient. L'exemple de l'expansion illustre bien ce rôle.
Si le taux de l'intérêt est élevé, la réticence des investisseurs et des consommateurs devant le renchérissement des prêts, et simultanément le retrait hors des circuits de consommation de sommes accrues destinées à l'épargne, contribuent à freiner l'allure de la croissance. Une réflexion analogue peut être faite pour les périodes de récession de l'économie.
Toutefois la complexité, déjà soulignée, des relations entre taux d'intérêt et demande ou offre de fonds, oblige à une grande prudence dans les prévisions des conséquences d'une variation a priori des taux de l'intérêt.
S'il est exact qu'une phase de récession s'accompagne de taux faibles et que l'expansion connaît des taux élevés, l'action sur les taux d'intérêt peut être décevante pour modifier l'allure de la tendance. Par exemple, en forte expansion accompagnée d'une inflation sensible, l'investisseur est peu touché par une hausse des taux, le consommateur non plus, car tous les prix montent en même temps, et l'irruption de fonds extérieurs par des taux d'intérêt élevés accroît encore les pressions inflationnistes.
Le taux de l'intérêt n'est en conséquence qu'un instrument, malgré son importance dans la panoplie de politique économique.
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