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L'investissement.    

L'investissement est l'acte qui consiste à créer du capital, et par une extension de cette définition, on donnera le nom d'investissement au surcroît de capital ainsi formé.

Cette définition permet de distinguer investissement et placement. Ces deux démarches sont des dépenses de l'agent économique ; mais le placement est un achat de titres, actions ou obligations, qui peuvent représenter un capital déjà existant, tandis que l'investissement est une dépense appliquée directement à la création d'un équipement nouveau. Celui qui place ignore en général à quoi sert la somme placée, celui qui investit sait forcément ce qu'il crée. Les motivations sont évidemment différentes.

Le rôle de l'investissement dans l'économie est essentiel. Avant de l'aborder il est nécessaire de préciser la notion et d'étudier les modalités de mise à jour de l'investissement.

Le capital, qui est un ensemble, un stock de biens, appelle deux mouvements : l'un destiné à le maintenir à son niveau existant, réduit sans cesse par l'usure technique et technologi­ que ; c'est l'investissement de remplacement ou de renouvellement, permis par l'amortissement ; l'autre mouvement est un flux de biens formant le capital nouveau, c'est l'investissement en capital fixe et l'investissement en stocks, constitué par la variation du stock des entreprises.

Deux parts sont donc à faire dans l'investissement brut :

•  d'un côté l'amortissement qui maintient le capital existant,

•  d'un autre l'investissement net qui ajoute au capital.

Les raisonnements sur l'investissement font parfois abstraction de l'amortissement, à tort, car ce dernier compte en moyenne pour moitié dans les dépenses d'investissement.

Quelles sont les motivations de la dépense d'investissement ? La survie de l'économie, au moins dans le court terme, est possible sans création de capital nouveau et même sans amortissement. L'investissement est donc un acte volontaire des agents économiques. Sa manifestation est différente selon le degré de centralisation de l'économie.

En économie décentralisée, l'incitation à l'investissement est de deux types :

l'investissement « induit » et l'investissement « autonome ».

Dans le premier cas, l'accroissement de la demande de biens par les acheteurs est suffisant pour que l'entrepreneur accepte d'augmenter son capital technique (équipement et stocks). Cela suppose qu'il prévoit que cette demande va persister à l'avenir, autrement dit que son anticipation est favorable, et d'autre part qu'il ne dispose pas d'un volant de capital inutilisé. Théoriquement, le besoin d'investissement sera calculé en comparant le taux de l'intérêt sur le marché des capitaux et le taux de rapport de l'investissement à consentir. Si le capital nouveau doit rapporter 6 %, l'entrepreneur est incité à investir si le taux d'intérêt n'est que 5 % (ce taux de rapport de 6 % est appelé efficacité marginale du capital).

En pratique, surtout pour l'entreprise de modeste importance, l'incitation à investir dépend de la tendance générale dans la branche d'activité concernée, ainsi que des disponibilités en autofinancement de l'entreprise.

Dans le second cas, l'entreprise procède à un investissement a priori, autonome par rapport à la demande. C'est par exemple le cas d'une firme qui lance un produit nouveau, et d'une manière générale d'une entreprise qui se développe systématiquement. Ce genre d'investissement suppose un calcul de moyenne ou longue période, émanant souvent des entreprises publiques ou de l'Etat qui planifient leurs investissements. La part de l'investissement autonome est donc de plus en plus forte, en raison de l'importance croissante de l'entreprise publique dans l'économie.

Quels sont les modes de financement de la dépense d'investissement ? La dépense peut, être couverte par l'épargne spontanée ou par les crédits consentis par le système bancaire.

Dans la première méthode, la partie du revenu global non affectée à la consommation équilibre les besoins en investissement sur la période considérée ; par ailleurs l'initiative de l'entreprise joue assez librement.

La deuxième méthode, par laquelle l'Etat ou les banques créent des moyens additionnels de paiement, provoque un accroissement autonome de la masse monétaire. Il peut s'en­ suivre, au moins provisoirement, un déséquilibre entre offre et demande globale sur le marché.

En économie centralisée, les incitations à investir se ramènent à une seule, qui est la politique de l'Etat traduite par le plan. L'investissement est public et planifié.

Dans ces conditions, le choix entre les divers modes de réalisation de l'investissement s'effectue non par rapport au taux de l'intérêt qui n'existe pas, mais par référence à des critères de coûts d'exploitation, de progrès technique et d'intérêt général. La pondération entre ces divers critères est toujours difficile.

À l'inverse le financement de l'investissement est plus simple dans ce système. L'épargne nécessaire est fixée a priori et c'est le budget de l'Etat qui procède à l'affectation des diverses dépenses d'investissement.

Rôle de l'investissement dans l'économie.

Il est fondamental aussi bien au regard de la théorie que de la politique économique.

La théorie reconnaît à l'investissement des propriétés très importantes sur le revenu global :

1. Une dépense consacrée à la création de capital entraîne la formation d'un supplément de revenu bien supérieur à cette dépense initiale, par le jeu de la propension à consommer.

2. Un supplément de demande de biens ou de services provoque la formation d'un investissement proportionnellement bien supérieur à celui de la période précédente, si l'économie ne dispose pas de capitaux inutilisés.

Ces deux propriétés font de l'investissement un élément essentiel de la croissance économique, puisqu'elles peuvent en ajoutant leurs effets respectifs entraîner un processus rapide d'accroissement des ressources.

La politique économique utilise en conséquence l'investissement comme un élément privilégié dans la planification. Pour pouvoir produire plus, il faut investir, mais de telle manière que la demande de biens favorisée par l'accroissement de revenu n'excède pas trop longtemps l'offre globale.

Il est donc nécessaire que des possibilités d'importation existent, ainsi que des disponibilités d'emploi.

11 importe également de sélectionner les investissements selon les capacités de chaque branche d'activité, afin d'éviter des clivages et des goulets d'étranglement dans l'économie.

Il faut enfin, et c'est souvent le plus difficile, prévoir les financements les plus aisés, et les plus supportables pour l'économie.

Lorsque ces conditions favorables sont réunies, même temporairement, les résultats sont spectaculaires : moyennant des investissements nets atteignant 25 %, parfois 35 %, du revenu national, certains pays (Allemagne, Japon) ont obtenu sur plusieurs années des taux de croissance de 10 % à 15 % par an, en valeur réelle.


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