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La concurence    

L'égalisation entre l'offre et la demande d'un bien sur un marché détermine le prix et la quantité du bien échangé. La manière dont s'effectue cette égalisation caractérise la forme du marché ; on conçoit l'importance de l'analyse en ce domaine, puisqu'elle concerne la formation du système des prix et la détermination du niveau de la demande.

La théorie a défini deux formes extrêmes pour le marché, concurrence parfaite et monopole. La concurrence met en présence un nombre important de vendeurs et d'acheteurs, alors que le monopole confronte un seul vendeur à un grand nombre d'acheteurs. Si la réalité offre une gamme très large de types de marché entre ces deux formes extrêmes, celles-ci, et notamment la situation de concurrence, constituent des critères de référence et d'étude pour l'analyse économique.

La concurrence parfaite.

I. Les principaux caractères de cette situation théorique sont les suivants :

Le marché met en présence acheteurs et vendeurs en grand nombre, sans qu'aucun d'eux n'ait une grande importance par rapport aux autres.

Le marché présente d'autres propriétés : les échangistes connaissent parfaitement tous les éléments de l'échange, le marché est « transparent ». Les échangistes sont libres de par­ ticiper au marché ou de le quitter. Cette liberté s'étend aux facteurs de production qui sont parfaitement mobiles entre les diverses branches d'activité.

Par ailleurs, le bien ou le service mis sur le marché est identique pour toutes les firmes et présenté par toutes de la même manière.

Quelles sont les conséquences de ce modèle théorique sur le prix et les conditions de l'offre ? En raison de l'homogénéité du produit et de la transparence du marché, l'égalisation entre quantités offertes et quantités demandées se fait pour une valeur unique du prix du bien, qui s'impose à tous les échangistes. Un vendeur, dont l'influence est nulle sur le marché, perd ses acheteurs s'il vend plus cher ; s'il vend moins cher, sa capacité de production étant limitée, les autres vendeurs ne seront pas gênés par lui en maintenant le prix du marché. Autrement dit, une firme ou un acheteur peut vendre ou acheter la quan­ tité désirée au prix du marché.

Si la firme augmente sa production jusqu'à ce que sa recette supplémentaire par unité de bien vendue, c'est-à-dire le prix du bien, soit égale au coût additionnel dû à cette unité, c'est- à-dire au coût marginal, elle atteint son profit maximal. Elle peut alors réaliser un surprofit si son coût moyen est inférieur au prix, ou une perte nette dans le cas contraire. Elle sera en équilibre si son coût (y compris son profit normal de firme) égale le prix du marché. Dans le premier cas, les firmes désireuses d'entrer sur le marché seront encouragées à le faire, puisque l'information est parfaite. Dans le second cas, les firmes qui subissent une perte cesseront leur activité plus ou moins rapidement, et au bout d'un certain temps, l'ensemble de l'industrie atteindra le troisième stade, celui de l'équilibre où coût moyen et prix sont égaux, et où il n'y a ni perte, ni surprofit pour personne.

On perçoit là le poids des hypothèses de définition de la concurrence, et notamment la libre disponibilité en facteurs de production, et la possibilité pour les firmes de participer ou non au marché selon le profit ou la perte enregistrés. Une autre hypothèse, implicite, doit être soulignée et concerne la productivité des firmes : une fois l'équilibre réalisé, cette productivité est la même, les coûts par unité de produit sont les mêmes pour les firmes qui subsistent.

II. — La théorie économique a démontré que cette situation de concurrence parfaite était idéale pour le fonctionnement de l'économie. Il n'y a pas gaspillage de ressources : les besoins sont couverts aux prix les plus faibles possible ; les facteurs de production sont utilisés dans les emplois qui sont pour eux les plus rémunérateurs. Il s'ensuit que le taux d'intérêt est juste assez élevé pour permettre l'épargne correspondant à l'investissement indispensable à l'économie.

Une situation optimale de l'économie ne peut être qu'une situation de concurrence, sous les hypothèses précédemment énoncées.

Cette situation optimale, toute théorique, doit faire l'objet cependant de la remarque suivante : le modèle, à partir d'hypothèses de grande liberté pour les firmes et les facteurs de production, aboutit à un état d'équilibre où firmes et facteurs sont en grande partie déterminés dans leur activité. À partir du moment où la firme ne peut dégager un surprofit et où son support technique est identique à celui des autres firmes ou en est très proche, puisque l'efficience est la même, elle ne peut se développer que très peu et très lentement. Elle ne peut, faute de réserves, promouvoir d'innovation importante ; et même si elle le pouvait, elle n'y aurait pas intérêt, car le surprofit dégagé, et nécessaire pour faire face aux coûts de l'innovation, disparaîtrait à la suite de l'entrée d'autres firmes dans l'industrie.

Dans ce schéma, la situation de concurrence tend à tuer l'esprit de concurrence.

La concurrence réelle.

Dans la réalité, la concurrence peut conserver quelques caractéristiques du modèle théorique, le nombre important des échangistes par exemple, ou l'homogénéité du produit ; mais elle revêt aussi des caractères qui tiennent du monopole, situation un peu moins théorique que celle de la concurrence pure, avec un seul vendeur confronté à plusieurs acheteurs. Par exemple, les divers offreurs peuvent se partager le marché, volontaire­ ment ou non, et à condition de limiter son activité à un certain niveau, chaque offreur est à peu près en situation monopolistique, les autres offreurs ne venant pas sur son marché réduit.

La concurrence réelle se caractérise surtout par l'existence d'un surprofit pour la firme. Ce surprofit est la condition de l'innovation et du progrès. La lutte entre les firmes ne se fait pas, assez souvent, par le moyen du prix de vente, mais d'une façon plus complexe par la qualité du produit, ou sa présentation, par la méthode de production, par les méthodes de vente, etc. La publicité et ses coûts interviennent pour modifier la demande qui s'adresse à la firme.

La compétition utilise également des moyens comme la concentration de plusieurs firmes qui se traduit par la création de pôles d'activité dominante dans l'industrie, par les ententes sur les prix au détriment d'autres compétiteurs. On retrouve là une concurrence au niveau des prix ; mais la déter­ mination de ce prix n'est plus le résultat d'une confrontation <: libre » sur le marché, et le prix surtout n'est plus une donnée pour la firme. Elle peut le modifier pour accroître ou réduire la demande qui s'adresse à elle.

Dans ces conditions, la concurrence parfaite, telle qu'on l'a décrite, apparaîtrait comme un exercice d'école, un schéma dépassé, si elle n'était pas citée comme le modèle idéal de fonctionnement de l'économie, en raison notamment de l'absence de gaspillage des facteurs et de la fixation du prix à un niveau aussi bas que possible.


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