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La croissance.    

La croissance est fondamentale dans l'étude de l'économie nationale. Elle se définit par le taux d'augmentation annuelle du produit national.

L'obtention d'un taux aussi constant que possible est un souci primordial aussi bien pour la puissance publique que pour les agents économiques. On peut dire que la science économique est mobilisée constamment dans la recherche des conditions de la croissance.

On doit assortir cette définition d'une distinction maintenant traditionnelle entre croissance et développement. Le développement peut s'analyser comme l'ensemble des phénomènes caractérisant un pays, et pas seulement son économie, dont le produit national croît. Assurer la croissance peut ne pas suffire à permettre le développement, et décrire ou analyser la croissance n'est pas décrire totalement les conditions du développement.

L'analyse de la croissance est complexe ; elle met en jeu la totalité des grandeurs économiques et la totalité des agents, et elle oblige à tenir compte du temps dans le raisonnement ; et la science économique maîtrise difficilement ce problème.

L'étude des fluctuations économiques, qui sont les accéléra­tions et les ralentissements successifs de l'activité, enregistrées au cours du siècle dernier, a permis d'élucider au moins en partie le rôle de diverses grandeurs comme l'investissement et la consommation. Mais les questions posées au sujet de la croissance vont plus loin que les réflexions sur la fluctuation « naturelle » de l'activité.

Le rythme d'accroissement de la production doit être maintenu, et supprimés les risques de freinage de l'activité à intervalles plus ou moins réguliers.

La réflexion sur la croissance peut dès lors prendre deux aspects : qu'est-ce qui provoque la croissance de la production globale ? Et comment réaliser cette croissance, quelle politique économique adopter ?

Facteurs de la croissance.

I. — C'est sous l'impulsion des facteurs de production que le taux de croissance peut s'établir et se maintenir à un niveau suffisant. Ces facteurs sont le travail et le capital. Le volume de la production globale augmente dans la mesure où s'accroissent les quantités de travail et de capital appliquées aux processus productifs.

En fait lorsqu'après avoir choisi le type de relation ou de fonction propre à retracer correctement la combinaison des facteurs, on effectue la mesure de l'accroissement des quantités de facteurs sur une période donnée, on constate que la production augmente en réalité beaucoup plus que ce à quoi on devrait s'attendre.

Tout se passe comme si d'autres éléments intervenaient pour accélérer la croissance du produit. Il est utile pour apprécier les résultats obtenus de préciser les méthodes de mesure.

Les relevés sur les quantités de travail apparaissent les plus précis. Ils s'efforcent de tenir compte non seulement de la quantité de travail (effectifs employés et durée de travail), mais aussi de la « qualité » de ce travail, qui peut dépendre de l'âge, du sexe du travailleur, et principalement de son niveau d'éducation.

L'incidence du niveau de l'éducation sur le travail fourni est l'un des secteurs de la science économique les plus explorés depuis quelque temps. Sa mesure en pourcentage de productivité est basée sur l'hypothèse qu'un travailleur à niveau d'éducation plus élevé perçoit un salaire plus élevé et de ce fait accroît le produit global. L'imperfection relative de ce procédé doit être acceptée pour l'instant, de même que l'ordre de grandeur de l'incidence globale.

La mesure des effets des variations de capital sur la croissance est plus délicate encore, car le capital est encore moins homogène que le travail. Il faut distinguer dans le capital créé la partie qui est directement productive de biens et de services, et celle dont l'apport en service est moins aisément mesurable (habitat, équipements collectifs). 11 faut aussi préciser la part de l'investissement consacrée au remplacement du capital usé et la part réservée au capital nouveau, car les mesures concernent l'investissement global, amortissement compris ; la détermination de ce dernier poste est très difficile.

Une autre difficulté réside dans le fait que la totalité du capital n'est pas également productive ; les équipements les plus récents bénéficient des améliorations dues au progrès technique, et les évaluations de la quantité de capital doivent en tenir compte sous la forme d'une pondération selon l'âge du capital.

II. — II semble donc que tous les aspects matériels de la variation des facteurs évidents de la croissance soient pris en compte, sinon parfaitement évalués. A quoi tient dès lors l'écart indiqué, entre le taux de croissance constaté et celui qui serait justifié par l'évolution des facteurs ?

Cet écart reste partiellement inexpliqué jusqu'à maintenant, et paraît résulter d'aspects qualitatifs dans la combinaison des facteurs, comme une meilleure organisation, comme l'incidence d'innovations plus fréquentes génératrices d'un progrès technique accéléré. D'autres phénomènes, concentration et intégration des firmes, jouent en faveur d'une croissance plus rapide et ne peuvent être décelés au niveau de la mesure sur les facteurs de production.

Des recherches sur l'incidence de l'éducation et de l'innovation sur la productivité globale semblent encore nécessaires.

Politique de la croissance.

Cette connaissance insuffisante des impulsions de croissance est évidemment gênante lorsqu'il s'agit de définir la politique la plus propre à favoriser cette croissance.

La théorie économique est cependant assez encourageante à ce sujet, notamment par le fait qu'elle s'efforce de préciser ses raisonnements, sans se contenter de prévisions globales a plus ou moins long terme. Mais les faiblesses dans l'analyse subsistent et la politique de croissance, malgré la complexité des modèles élaborés, reste approximative dans ses résultats.

Un aspect particulièrement intéressant dégagé dans ces études théoriques est que la croissance doit, pour bénéficier à l'économie, être équilibrée, c'est-à-dire s'effectuer à taux constant pour tous les biens produits (les taux de croissance des productions des divers biens restant le plus souvent différents), les prix, taux d'intérêt compris, restant constants.

Conditions de la croissance équilibrée.

L'équilibre est d'abord fonction de données structurelles : population active et capital initial en quantité suffisante.

Il dépend ensuite du taux d'épargne dégagée pendant chaque période. La politique de croissance se développe en effet entre deux écueils : soit réaliser la croissance grâce à une consommation très importante qui est censée stimuler la production mais sans lui donner la possibilité de se développer faute de fonds prêtables ; soit à l'inverse provoquer la croissance par un investissement important, nourri par une épargne importante, qui réduit la consommation à son expression la plus simple.

Ce partage entre épargne et consommation commande le reste des décisions à prendre. Il doit se faire en tenant compte non seulement de l'évolution immédiate de l'économie, mais aussi de sa croissance à plus long terme. Pour obtenir par exemple une consommation future très élevée, des sacrifices sont nécessaires dans le présent afin de réaliser l'investissement important indispensable à une produclion ultérieure accrue.

Cette politique doit simultanément régler les taux d'intérêt pour éviter des comportements non conformes aux tendances exprimées dans le modèle. Si les choix se portent sur un programme à consommation future accrue, il faut contenir à un faible niveau le taux d'intérêt pour encourager la croissance présente de l'investissement.

L'économie effectuet-elle pour autant sa croissance à taux constant dans tous ses secteurs ? Cette croissance n'a pas de raison d'être équilibrée au départ. Mais la réflexion la plus récente sur ce sujet exprime l'idée qu'au bout d'un certain temps l'économie finit par croître de façon équilibrée.

Les solutions aux problèmes soulevés par la croissance sont naturellement l'objet de la planification, mais elles dépassent les perspectives que se donne habituellement le planificateur.

On imagine mal en effet une croissance économique limitée à quelques années. Amorcée véritablement depuis vingt ans à peine, la croissance apparaît comme un facteur essentiel de toute l'évolution de la société humaine. Pourtant, à un rythme de croissance du produit par tête de 3 % par an, la consommation de l'individu double tous les vingt ans. Pendant combien de temps la société humaine acceptera-t-elle cet encombrement progressif ?

Un autre problème soulevé dans le cadre de la croissance est celui de la répartition des fruits de cette croissance. L'étude nécessite une approche par la productivité des facteurs, et on la traite à cette rubrique.


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