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La productivité.    

La productivité est une notion couramment utilisée en théorie et en politique économique. Elle se définit comme le rapport entre le total des quantités de richesses produites en biens et services pour satisfaire les besoins des agents économiques et les quantités de facteurs utilisés pendant le processus de production. La notion semble donc importante dans la lutte contre la rareté des ressources.

Comment mesurer la productivité ? Quelle est sa place dans la science économique ?

Mesure de la productivité.

La productivité globale, c'est-à-dire celle qui met en relation la totalité du produit et la totalité des facteurs ne semble pas au premier abord devoir donner des indications précises par suite de l'hétérogénéité et des produits et des facteurs, hétérogénéité qui doit rendre d'ailleurs difficile la mesure.

C'est pourquoi on tend à limiter la notion à la productivité d'un seul facteur ; c'est le travail qui est le plus aisé à mesurer, et le facteur dont l'hétérogénéité est la moins forte. Le quotient de la production par la quantité de travail donne la productivité du travail, qui se calcule aussi bien en économie globale qu'en économie de l'entreprise.

Que ce soit au plan global ou au plan microéconomique, la productivité n'a tout son sens que par comparaison entre des périodes différentes. On est amené à effectuer un calcul d'indices. Au plan global par exemple, on fera le rapport entre l'indice de production totale et l'indice du volume de travail. Dans l'entreprise la productivité sera mesurée par l'indice du produit par heure de travail d'ouvrier, lorsqu'on a une chaîne précise et limitée de fabrication. Mais comme il existe souvent de multiples productions et de multiples qualifications dans l'entreprise, on ne peut déterminer une quantité de produit par travailleur et on doit former le rapport entre indice de production et indice de volume de travail.

A partir du moment où la productivité s'exprime sous forme d'un rapport d'indices, le calcul peut être fait pour tous les facteurs, puis pour l'ensemble des facteurs, dans l'entreprise comme dans les branches d'activité et l'économie nationale. L'indice global se calcule en pondérant la productivité de chaque facteur par la part que tient ce facteur dans la production : c'est ainsi que si le travail par exemple voit sa productivité croître de 10 %, et que la production requiert du travail pour 50 %, la productivité totale, toutes choses égales, augmentera de 5 %.

Place de la productivité dans la science économique.

La productivité, liée au processus de production, intervient aussi dans la ventilation du revenu national selon les rémunérations des facteurs de production.

I. — La recherche d'une meilleure productivité dans la production d'un bien est une lutte contre la rareté et ses effets sur l'économie. Produire autant, en utilisant moins de facteurs est donc un impératif de l'activité économique. Les mesures statistiques permettent de vérifier que la productivité du travail est un bon critère de l'amélioration des processus de production.

L'amélioration de la productivité du capital est moindre ; on peut supposer que la différence tient au fait que le montant du capital croît davantage que le volume du travail sous l'effet du progrès technique.

On constate également que la progression de la productivité des deux facteurs est très forte pendant les phases d'expansion de l'économie, et cesse, ou devient diminution, quand la croissance s'arrête. On l'explique par le fait que l'innovation, source des progrès de productivité, est sécrétée par la croissance et que la firme en récession se borne à fonctionner selon des techniques acquises.

Un autre rôle de la productivité est de permettre la comparaison de l'efficience dans deux branches d'activité : la productivité de travail en est un bon critère. Mais une amélioration substantielle de productivité ne signifie pas forcément qu'une branche soit dans une situation très favorable. Elle peut en effet bénéficier d'une conjoncture de marché temporairement facile, ou bien avoir de tels progrès à faire qu'un gain modique apparaît remarquable, alors que des efforts importants restent nécessaires pour éviter des gaspillages et lutter contre des inerties graves.

II. La théorie économique a toujours lié la productivité à la répartition des revenus. Cette liaison existe aux plans microéconomique et macroéconomique.

L'entreprise, rationnellement, n'est demandeur de travail que si la productivité marginale du facteur (en général égale à la recette apportée à l'entreprise par l'emploi d'une unité nou­ velle de facteur) est au moins égale au coût, c'est-à-dire au salaire ou à l'intérêt. Plus la productivité marginale d'un facteur augmente, et plus le total des emplois de ce facteur est susceptible d'augmenter, donc plus la part réservée à ce facteur dans le total du revenu doit croître.

Cette analyse théorique précise aussi que la firme doit limiter le coût marginal d'une production supplémentaire, c'est-à-dire le total des rémunérations de facteurs, au niveau total des productivités relatives à cette production supplémentaire. C'est la logique même, si la firme cherche à rendre son profit maximum. Mais le problème reste entier en ce qui concerne la fixa­ tion des rémunérations elles-mêmes, fixation qui s'effectue au plan macroéconomique.

Cette détermination fait intervenir encore la productivité. C'est en effet un fait évident qu'un accroissement de la production dégagé grâce à un accroissement d'égale importance des quantités de facteurs employés ne peut donner lieu à un surplus de rémunération. Autrement dit, ce n'est que dans la mesure où la productivité d'ensemble des facteurs augmente, que la rémunération globale de ces facteurs peut croître, en supposant que le prix du produit vendu reste le même.

Si tous les titulaires de facteurs, c'est-à-dire les « partenaires sociaux », désirent simultanément accroître leur rémunération, et que le taux de croissance de la productivité ne soit pas suffisant, cet accroissement ne peut se faire qu'au détriment du prix du produit, c'est-à-dire au détriment du consommateur qui subit l'inflation.

C'est la raison pour laquelle la politique économique fait une obligation aux salariés de ne pas réclamer une hausse de leur salaire plus forte que l'augmentation de productivité globale.

Et c'est aussi la raison pour laquelle les salariés n'en tiennent pas compte, car en entrant en compétition avec les autres titulaires de facteurs, capitalistes ou entrepreneurs, ils peuvent amener ceux-ci à réduire leur part et à accroître la leur d'autant. L'analyse est d'autant plus complexe que la compétition en vue de bénéficier des fruits de la productivité s'instaure non seulement entre facteurs de production mais aussi entre branches d'activité. Certaines d'entre elles confisquent la totalité des gains obtenus par la productivité, d'autres non. Cette situation est à l'origine de distorsions enregistrées par la croissance économique et de presque toutes les poussées inflationnistes.


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