Dans l'étude de la satisfaction des besoins des individus, la science économique est amenée à faire une très large place à la notion de répartition.
La spécialisation progressive des activités, la division du travail permettant de produire suffisamment, le problème subsiste de mettre les biens produits à la disposition de tous.
On conçoit l'importance de la répartition, car dans la mesure où elle s'effectue médiocrement, la production s'écoule mal, est gaspillée, la consommation est ralentie alors que les besoins demeurent. Il s'ensuit de graves distorsions au niveau des prix de détail, des prix de gros, des investissements, etc., sans compter les troubles de caractère social qui en découlent.
Dans une économie moderne, centralisée ou non, la distribution matérielle des biens pose moins de problèmes à l'analyse économique que les règles qui président à la répartition des revenus et les résultats de cette répartition.
En effet dans les économies d'échange monétaire, la répartition est la ventilation du revenu national entre les divers facteurs qui ont contribué à sa création.
Cette définition permet de distinguer cette répartition primaire de l'opération consistant pour des motifs de politique générale à modifier la ventilation du revenu par une redistribution des ressources. La répartition est entendue ici dans son sens fonctionnel, et porte sur les revenus attribués aux facteurs de production en rémunération de leur contribution aux processus de production.
Analyses diverses de la répartition.
1. — II est important de rappeler la réflexion marxiste sur ce sujet, articulée à l'analyse classique de la répartition ; la ventilation du revenu global est effectuée entre deux catégories d'agents, les salariés et les capitalistes détenteurs des biens d'équipement. Les premiers perçoivent une part du revenu juste suffisante pour leur subsistance ; le surplus du revenu, créé par leur travail ou « plus-value », est annexé par la seconde catégorie qui « exploite » la première.
L'analyse statique se complète par une réflexion sur l'évolution de la répartition. L'effort de la catégorie capitaliste pour accroître la plus-value (par des moyens technologiques et sociologiques) tend à réduire la part relative du salaire dans la répartition, et provoque une paupérisation croissante, même si le salaire augmente.
II. — La méthode marginaliste fournit un outil d'analyse plus précis et plus strictement économique de la répartition. Tout facteur de production est pour la firme l'objet d'un coût
et d'une certaine recette. La firme accroît l'emploi de ce facteur jusqu'au moment où la dépense supplémentaire entraînée par une unité nouvelle de facteur dépasse la recette additionnelle obtenue par l'emploi de cette unité. Si le facteur est le travail, la dépense est égale au salaire, et la recette est égale à la productivité marginale du travail.
Une réflexion similaire permet de définir la relation entre l'offre du facteur et sa rémunération (le coût marginal, fatigue, usure, etc. supporté par le facteur égale sa rémunération).
Par égalisation entre offre et demande du facteur, on obtient la quantité employée en même temps que le niveau de rémunération.
Les résultats de cette analyse, et notamment la tendance à l'égalisation entre productivité marginale du facteur et rémunération du facteur, sont valables quel que soit le système économique considéré. Du strict point de vue économique, il est indispensable que les rémunérations de facteur soient calculées et imputées correctement sur le total de la production, sinon le rendement optimum des ressources n'est pas atteint.
Rien toutefois n'est précisé en ce qui concerne l'affectation de ces rémunérations. Dans une économie décentralisée, la rémunération du capital va à des capitalistes, en économie centralisée elle va à l'Etat.
III. — 11 convient de corriger et de compléter l'analyse précédente. En pratique la fixation de la rémunération d'un facteur s'effectue par le moyen des exigences respectives des demandeurs et des offreurs du facteur considéré.
Certes, le niveau s'en détermine de telle sorte que la productivité marginale du facteur est une limite, le coût marginal une autre limite. Mais le salaire, par exemple, se fixe par confrontalion entre les groupes d'agents économiques et en fonction du délai de résistance à la contrainte de l'adversaire, au moins en économie décentralisée.
D'autre part, l'analyse de type marginaliste rend mal compte de l'évolution temporelle de la répartition, par suite d'une plus grande indépendance entre demande du facteur et productivité marginale dans l'optique de longue période. L'entrepreneur a des objectifs (maintien d'un niveau minimum de ventes, anticipations sur les prix, etc.), qui s'intégrent mal dans une analyse à la marge.
Les modèles à court terme de prévision de la répartition continuent toutefois à s'inspirer en bonne partie des méthodes de l'analyse marginaliste, qui est assez largement confirmée par l'observation de la répartition primaire.
Cette observation basée sur les constatations statistiques n'est cependant pas décisive, car la redistribution des revenus qui se greffe sur la répartition primaire modifie dans une mesure difficile à préciser les comportements des divers agents et groupes de facteurs. Dans quelle mesure par exemple la détermination du salaire subit-elle l'incidence des préoccupations salariales de garantie de l'emploi, de valorisation de la retraite, et des préoccupations patronales touchant, à la sauvegarde de l'autorité dans l'entreprise ? etc.
Une étude au plan microéconomique de la répartition primaire reste indispensable à la compréhension des mécanismes ; mais elle ne peut se faire qu'en interprétant les résultats constatés après redistribution des revenus, et nous venons de soulever le problème des distorsions importantes qui en résultent. Quoi qu'il en soit, il est certain que tous les types d'économie connaissent une forte inégalité dans la répartition personnelle du revenu. Et cette inégalité ne peut s'expliquer qu'en partie par les différences dans la contribution des facteurs aux processus de production.
Certaines théories, pour expliquer cette inégalité, explorent les relations existant entre le facteur capital et le profit, relations qui échappent à l'analyse marginaliste, à partir du moment où l'on dissocie capital technique et capital financier. On peut également, et sans doute d'une manière plus sûre s'orienter vers une recherche sectorielle : la répartition primaire est en effet très sensible à la division de l'économie en branches progressives, où la croissance du produit est très rapide, et en branches récessives. Les secteurs de pointe se taillent une part importante dans le revenu global et cet état de choses mérite un examen approfondi lorsqu'on cherche à élucider les mécanismes de la répartition.
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