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Le crédit    

La notion de crédit est l'un des éléments essentiels de l'étude de la croissance, à la fois par ses aspects théoriques et par ses aspects de politique économique.

L'échange de deux biens entre deux agents peut s'effectuer en une seule fois de manière complète. Mais il peut avoir deux phases : dans le présent la cession d'un bien ; un certain temps après, la cession de l'autre bien dans l'autre sens. Le premier agent laisse à l'autre la disposition d'un bien en échange d'une contrepartie future.

Le crédit se définit comme toute opération de ce genre. Les biens échangés peuvent être de la monnaie, ou bien de la mon­ naie et un bien ou un service.

Prolongements de la notion de crédit.

I. — Une opération de crédit qui permet à un agent de disposer d'une prestation immédiate comporte pour l'autre agent un sacrifice pendant la période où le crédit est consenti. L'agent qui est un créancier doit normalement percevoir une rémunération, un intérêt, en contrepartie de sa renonciation. Nous avons là le fondement de la notion d'intérêt.

II. — L'échange « dans le temps » doit se ventiler entre l'échange de biens de consommation et l'échange de biens de production. La distinction entre crédit à la consommation et crédit à la production a des incidences importantes en politique économique.

Le crédit à la production, accélérant la création de biens productifs, favorise la croissance, et l'avance consentie par le créancier crée, du fait même de son emploi, les conditions de son remboursement : l'entreprise qui bénéficie du crédit peut par ses investissements accroître son profit.

Le crédit à la consommation, par contre, constitue pour les ménages un endettement qui n'est pas a priori créateur de ressources futures. L'amélioration du genre de vie du ménage est facilitée certes, mais dans la mesure où la dette ne dépasse pas un certain niveau. L'incidence au plan global peut toutefois être favorable ; ce type de crédit constitue en effet un moyen de faire varier la demande globale, donc d'encourager (ou de réduire) la production de certaines branches comme la production automobile ou celle des appareils ménagers.

III. — La notion de crédit appelle une autre distinction en théorie comme en politique économique. Le crédit est consenti pour une certaine durée, il est à court terme ou à long terme.

Cette distinction est sensible à trois niveaux.

•  Au niveau de l'origine du crédit. A. court terme, le crédit est financé par des moyens essentiellement monétaires, par une épargne qui désire rester mobilisable rapidement, une épargne réserve ; alors qu'à long terme, le crédit trouve ses avances dans l'épargne placement, l'épargne créatrice des ménages et des entreprises.

•  Au niveau des agents intervenant dans l'opération : le crédit à court terme relève du marché monétaire, il est pratiqué par les banques de dépôt ou l'Institut d'Emission. Le crédit à long terme est pratiqué sur le marché financier par les banques d'affaires et les organismes de gestion de l'épargne (compagnies d'assurances, etc.).

•  Au niveau des incidences sur l'économie : on retrouve la distinction entre prêts à la consommation, alimentés par le crédit à court terme, qui répond aussi aux besoins de trésorerie des entreprises consécutifs à l'expansion économique, et crédit à la production, qui est un crédit à long terme et alimente les besoins de l'entreprise en capitaux fixes.

La distinction entre les deux types de crédit, court et long terme, est cependant atténuée par une certaine interdépendance des deux marchés monétaire et financier. Cette dépendance s'explique en partie par le fait que la demande de crédit d'équipement implique simultanément un accroissement de la trésorerie de l'entreprise, donc des besoins à court terme.

L'Etat, qui utilise l'une et l'autre forme de crédit pour financer ses propres besoins, atténue aussi la distinction théorique entre les deux marchés. Les remarques d'ordre théorique sur le crédit et notamment les formes de court et long terme ont leur corollaire en matière de politique économique : le bon fonctionnement des deux marchés est conditionné par la spécificité des opérations qui s'y déroulent, et ce bon fonctionnement conditionne à son tour la bonne marche de l'économie. Le danger le plus fréquent en ce domaine est l'insuffisance de l'offre de fonds sur le marché du crédit à long terme, et en conséquence le ralentissement de l'investissement global.


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