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Le développement.    

La notion de développement est distincte de la notion de croissance, car elle inclut des éléments qui échappent en partie au domaine de l'analyse économique. Le développement est l'état de l'économie d'un pays à un moment donné ; cet état n'est pas envisagé d'une façon statique ; il marque le point de l'évolution auquel est parvenue l'économie nationale ; il indique également la manière dont le pays est engagé dans cette évolution et la ligne de politique économique et de politique tout court qu'il lui faut suivre.

Les critères d'appréciation du niveau de développement ne sont pas toujours précis, car ils concernent souvent les structures psychologiques et sociologiques du pays considéré. Le critère habituel est le montant du produit national par tête d'habitant. Il permet le classement en plusieurs groupes de pays, un premier groupe où figurent les nations fortement industrialisées, un groupe intermédiaire de pays non encore parvenus à un niveau important de richesses, un troisième groupe, celui des pays sous-developpés, à niveau faible de revenu par têle.

Critères de développement.

Le niveau de revenu par tête n'est pas le seul critère qui distingue les niveaux de développement. Deux pays développés de manière très différente peuvent avoir le même revenu par tête. Deux autres critères peuvent être cités parmi d'autres : le pays développé est capable d'une croissance de son produit national, lente peut-être, mais régulière sur une longue période. D'autre part l'économie de ce pays développé n'est pas dualiste ; il n'existe pas de secteurs isolés dans l'acfivité nationale, vivant et évoluant de façon autarcique, et échappant aux échanges monétaires du reste du pays.

L'analyse économique a parfois retenu un autre critère, qui est la situation de débiteur ou de créditeur du pays par rapport aux autres. Un pays débiteur net à l'égard du reste du monde pendant une longue période est encore au début de son développement. Tandis que le pays créditeur est un pays déjà développé, un peu comme le ménage disposant d'un patrimoine important se place plutôt dans la catégorie des ménages assez âgés.

Les exceptions sont toutefois assez nombreuses pour que ce critère ne soit pas décisif.

La science économique étudie spécialement le problème du développement, car les raisonnements qui valent dans une économie développée, où les structures sont assez homogènes pour assurer la diffusion et la propagation des impulsions émanant de quelques pôles d'activité, ne s'appliquent plus dans un pays où l'économie est divisée par des cloisons plus ou moins étanches.

Un pays développé contient certes des îlots relativement peu développés, mais l'ensemble de l'économie est assez cohérent pour que les distorsions de ce genre ne jouent qu'un rôle mineur.

Conditions et politique de développement.

Le problème est le suivant : comment passer d'un faible revenu à un revenu plus élevé par tète, en conservant un rythme de croissance régulier dans une économie de plus en plus unifiée ?

Il existe en particulier un passage difficile, que les analyses nomment phase de décollage, entre sous-développement et développement. Cette phase dépassée, certains phénomènes qui entravent le développement, comme la faiblesse de l'épargne, disparaissent, et en principe la croissance se fait plus aisément.

On retiendra, parmi toutes les conditions requises, quatre groupes de conditions.

I. — Les conditions relatives aux ressources naturelles.

Il ne s'agit pas seulement de ressources matérielles, qui sont bien sûr fort importantes, mais aussi des ressources humaines : démographiques d'abord, car une population croissante assure un potentiel important de population active, et un marché de consommation plus large ; des moyens intellectuels originaux, ensuite, sont de nature à favoriser le développement rapide de la productivité du travail et des autres facteurs de production.

II. — Les conditions permissives du développement.

Il s'agit ici de la volonté explicite ou non de la majorité du pays d'accepter les exigences du développement. La première et peut-être la seule véritable est la nécessité du changement. Se développer, c'est croître pendant un temps plus ou moins long. La croissance implique le changement, dans les méthodes, les moeurs, les modes de vie, les besoins et les possibilités.

Il faut donc que le pays élimine progressivement de ses structures ce qui peut constituer une entrave à la mobilité, à l'évolution, et en particulier les cloisonnements de l'économie qui lui donnent l'aspect dualiste qu'on a déjà cité. Cela suppose notamment que la population est assez jeune pour accepter et même désirer l'innovation.

III. — Les conditions relatives à l'industrialisation.

L'ambiance novatrice est nécessaire à l'industrialisation, car c'est de cet esprit que procèdent générations d'entrepreneurs et d'ingénieurs indispensables à la croissance.

11 faut en outre une épargne suffisante pour permettre l'investissement important que requiert toute industrie. L'économie doit dégager sur son produit 15 % à 20 % pour l'épargne nécessaire à l'investissement productif. Si le pays ne le peut pas, il doit la demander à l'extérieur, sous forme de prêts ou de dons.

Pourquoi cet impératif de l'industrialisation ? Tout d'abord en raison du rôle de l'investissement dans la croissance. L'investissement productif autonome crée un revenu multiple de la dépense qu'il représente ; il est à la fois eréateur et multiplicateur d'emplois. Le pays a donc intérêt à posséder les structures démographiques favorables aux besoins exprimés par l'investissement.

Ensuite l'investissement donne lieu, dans une économie industrialisée, à la production de biens et de services dont la demande se développe plus rapidement que le revenu, ce qui accroît encore les nécessités d'investissement nouveau.

La science économique n'a pas réussi encore à résoudre totalement le problème du développement du secteur industriel, l'option consistant dans le choix d'un investissement pour de petites et moyennes firmes industrielles, et celui d'un investissement massif provoquant, l'entraînement brusque de toute l'économie.

La formule idéale varie sans doute selon les cas. Mais quel que soit le niveau du développement, l'impératif d'un investissement industriel ou tertiaire subsiste.

IV. — Les conditions relatives au commerce extérieur.

Un pays qui se développe ne peut rester à l'écart des échanges internationaux. Les matières premières et autres biens ou services entrant dans les processus de production ne peuvent se trouver tous dans le pays et viennent en partie de l'extérieur.

Ces importations sont couvertes par des exportations. Cela suppose que le pays est capable d'exporter, donc de limiter sa consommation ou de la discipliner, de même que son système de prix. La nécessité est plus nette encore pour un pays en début de développement. Les prêts nécessaires à son équipement industriel ne peuvent être obtenus que s'il exporte des produits, bruts ou demi transformés, ce qui lui permet de gager au moins en partie les emprunts destinés à ses investissements.

On dit que le commerce extérieur est la locomotive du développement. C'est exact pour le pays déjà en voie de développement. C'est vrai aussi pour le pays sous-développé, à la condition cependant que les prix des produits exportés ne soient pas irop faibles par rapport aux prix des biens importés, et surtout que le pays ait la volonté d'utiliser les ressources acquises par l'exportation en investissements aussi productifs que possible.



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