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Le profit.    

Le profit est défini couramment comme la différence entre les recettes de l'entreprise et le total de ses dépenses, à l'occasion de la production des biens ou des services produits et vendus par elle.

La notion de profit pose des problèmes très discutés, au plan théorique et au plan pratique, surtout en raison du caractère ambigu de ses relations avec les systèmes d'économie libérale.

Le profit est toujours apparu comme la superrémunération de l'entrepreneur, considéré comme le chef ou le propriétaire de l'entreprise. Les justifications d'une telle rémunération ne manquent pas.

Le salaire de l'entrepreneur est justifié comme celui de tout autre employé de l'entreprise. Mais le rôle de l'entrepreneur excède le rôle d'un agent économique quelconque, est d'une autre espèce : il assume des risques non mesurables dans les choix des processus, des quantités et des prix de production. Ces risques sont liés à une mission qui serait propre à l'entrepreneur, la nécessité d'innover pour maintenir l'entreprise dans un rythme progressif de production.

Cette analyse tient donc le profit pour la contrepartie de l'action de l'entrepreneur. Elle est aisément criticable, car le profit, écart positif ou négatif entre recettes et coûts de l'entreprise, n'est pas lié toujours au dynamisme innovateur, générateur des risques. De nombreuses entreprises dont l'activité est dépourvue de risques et de dynamisme font des profits parfois plus élevés que celles qui sont réellement progressives.

Par ailleurs, même si l'on s'efforce de distinguer le profit, conséquence directe de la fonction d'entreprise, et les surplus accidentels, véritables rentes de situation, qui proviennent d'une évolution favorable des prix, ou d'une conjoncture particulière dans les marchés de facteurs ou de produits, on ne peut discuter le fait que le schéma de concurrence parfaite élimine toute possibilité de profit pur en longue période, et que l'existence d'un profit est liée à une structure monopolistique des marchés.

Pour cette raison la notion de profit évoque habituellement une tare ou une malformation de la société économique.

Nature du profit.

En fait, on constate que le profit de la firme existe dans tous les systèmes économiques, décentralisés ou centralisés. On doit donc s'interroger sur sa nature, puis sur son emploi, les deux aspects étant d'ailleurs liés.

La nature du profit paraît bien être celle d'une rémunération, et non d'une superrémunération, qui va à l'entreprise qui fonctionne bien. Que des aléas conjoncturels ou d'autres facteurs de structure fassent du profit un élément souvent résiduel, cela est bien certain ; il n'empêche que deux entreprises placées dans les mêmes conditions se distinguent l'une de l'autre par leur capacité de dégager plus ou moins de profit, autrement dit par leur « esprit d'entreprise ».

Dire par ailleurs que l'entreprise en situation économique idéale de concurrence parfaite n'a pas vocation à faire un profit, c'est se placer, et placer l'économie, dans une position statique qui exclut toute possibilité d'évolution. Une société économique en mouvement tend sans aucun doute à conserver des centres d'équilibre, mais en composant entre elles des tensions qui la font progresser dans une direction donnée.

Le profit est pour l'entreprise la sanction de l'une de ces tensions internes. Cette analyse se complète par l'étude de l'emploi de ce profit. Dégager un profit n'est pas pour l'entreprise l'effet d'un heureux hasard, puisqu'on élimine de la notion de profit le résultat d'une rente quelconque de situation. Le profit est l'aboutissement d'une gestion calculée pour maintenir et si possible accroître l'ampleur de la firme ; cela suppose, dans une politique à moyen et long terme, une accumulation de moyens productifs. Le profit est à l'origine de cette accumulation .

C'est lui qui permet l'autofinancement partiel ou total de l'investissement nécessaire à la croissance, et c'est lui qui gage les prêts des divers organismes financiers à la firme. Ce rôle est sans conteste prédominant puisqu'il existe aussi bien dans une économie centralisée, où le profit planifié, fixé à l'avance par le plan, sert en grande partie à financer l'investissement, aidé en cela par le profit non planifié que la firme a réussi à dégager grâce à sa bonne gestion.

Affectation du profit.

Si le rôle du profit est fonctionnel et normal, on comprend mal qu'il soit autant controversé. C'est en fait la manière dont s'effectue sa répartition et son attribution qui provoque les dif­ ficultés.

Si le profit en effet résulte de la bonne gestion de la firme, il peut paraître normal et souhaitable pour sa bonne marche que toutes les catégories d'agents ayant contribué à cette gestion en tirent avantage, depuis les consommateurs qui ont « surpayé » les produits, en passant par les employés, jusqu'aux détenteurs du capital, une fois assuré le financement de l'investissement nouveau.

On peut soutenir aussi que seules doivent être rémunérées sur le profit les catégories qui courent un risque, celles qui sont liées à la firme, c'est-à-dire les détenteurs du capital, alors que les autres catégories sont d'un certain point de vue extérieures à la firme.

Le débat est actuellement très largement ouvert, puisqu'il est lié à l'avenir de la vie de l'entreprise et de sa direction, et qu'il débouche sur la politique de répartition des revenus.


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