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Le salaire.    

Le salaire est la rémunération du travail dépendant. La notion, importante en science économique, déborde ce cadre par les implications sociales qu'elle comporte.

La place tenue par le salaire dans la théorie et la politique économique est progressivement croissante pour deux raisons :

Quel que soit le système économique, centralisé ou non, le salaire représente une part de plus en plus importante dans le revenu national en raison des modifications provoquées dans les structures par le progrès technique.

Cette part est importante également en raison de la prise en considération de l'homme plutôt que du salarié et de ses droits en tant que personne. Le salaire social traduit ce second aspect.

La science économique ne peut donc pas analyser le salaire en s'en tenant à une réflexion sur les mécanismes économiques ; elle doit intégrer des données extérieures à l'économie.

Détermination du salaire.

Le salaire est un revenu pour celui qui fournit son travail et un coût pour l'entreprise. Son étude s'inscrit donc dans l'analyse microéconomique de l'entreprise et dans celle plus large de la répartition du revenu. Cette étude dans tous les cas suppose celle de la formation du salaire à un moment donné et celle de l'évolution du taux de salaire dans le temps. La détermination du volume global des salaires et d'une manière générale la politique des revenus s'inscrivent dans la ligne de cette réflexion.

I. — Le salaire, prix du travail, se fixe par confrontation d'une offre et d'une demande de travail sur un marché. La fonction d'offre, qui concerne les salariés, est analogue à celle d'autres biens sauf sur quelques points : l'offre ne croît pas avec le salaire, en deçà d'un niveau jugé insuffisant pour les besoins de l'individu (plus le salaire diminue, plus on cherche à travailler) et au-delà d'un autre niveau, à partir duquel le travailleur préfère le loisir au travail.

La demande de travail, faite par l'entreprise, se fixe selon la règle de la productivité du travail : l'entreprise pourra accroître sa demande de travail dans une qualification donnée tant que l'embauche du dernier travailleur lui procure un produit supplémentaire au moins égal au salaire qui lui est versé.

La relation est directe entre salaire et productivité marginale du travail. Si l'entreprise est seule sur le marché à demander du travail, l'équilibre sera obtenu par égalisation progressive entre ces deux grandeurs. Si l'entreprise ne constitue qu'une faible fraction du marché, le salaire est fixé sur le marché entre offre et demande globale, et la quantité de travail que la firme peut utiliser est atteinte quand la productivité du travail égale le salaire.

IL — Cette analyse classique vaut pour un marché théorique, parfait ou imparfait : homogénéité de l'offre de travail et rationalité des offreurs, calcul économique de l'entrepreneur précis et centré sur la recherche du profit maximum.

Ces conditions ne sont jamais remplies. Il y a interférence entre plusieurs marchés en ce qui concerne l'offre, car les catégories de qualification ont des limites imprécises et sont parfois concurrentes. De plus une variation du salaire ne modifie pas toujours l'offre de travail, qui marque une certaine rigidité.

La demande de travail, de son côté, porte moins d'attention à la productivité marginale que ne le dit la théorie. Même s'il peut mesurer cette productivité, le producteur peut avoir d'autres objectifs comme le maintien des structures de la firme, ou la réalisation d'investissements et la croissance de Ja production.

Dès lors, le marché du travail ne détermine pas de façon précise un équilibre qui fixe à la fois le salaire et la quantité de travail. Il détermine une fourchette pour le salaire et une pour l'emploi. C'est à travers les mécanismes du jeu syndical et des pressions de la puissance publique que peut être étudié le mode de fixation du salaire.

JII. — En effet l'offre de travail n'est pas le fait d'une multitude d'agents s'adressant en ordre dispersé aux firmes ; de même pour la demande. Les groupements syndicaux interviennent des deux côtés et de leur confrontation résulte l'équilibre, qui en général porte sur le salaire, l'emploi en résultant.

L'intervalle dans lequel s'établit l'équilibre est compris enlre le maximum de ce que la firme peut accepter, la productivité marginale du travail en valeur, apprécié par les entrepreneurs, et le minimum de ce que les salariés peuvent consentir, l'équivalent du minimum vital dans la catégorie la moins qualifiée.

Ces deux limites sont imprécises, et l'équilibre est sujet à modification à plus ou moins bref délai selon la capacité de résistance des parties en présence, selon la capacité d'amélioration technique de la firme, qui entraîne des changements dans la composition du travail et souvent une substitution entre équipement et main-d'œuvre.

Politique des salaires.

L'Etat intervient dans ces divers processus de plusieurs façons pour des raisons diverses. Employeur lui-même, il est tenté de contenir les hausses de salaire dans les secteurs voisins de ses activités propres.

Mais il agit surtout en tant que puissance publique, dans le sens d'une protection de la rémunération salariale, par fixation d'un salaire minimum, par réglementation des barèmes et des échelles de salaires, par extension au plan national des accords ou des conventions passés au plan local, afin d'assurer une rapide diffusion des avantages acquis.

Il agit également sur le salaire par le truchement de la politique économique. Celle-ci le plus souvent va dans le sens d'une limitation des hausses de salaire. Faussement, appelée politique des revenus, cette action n'est qu'une politique des salaires.

Cette politique est commandée, au moins en principe, par le souci d'éviter la hausse des coûts de production et des prix, hausse qui intervient si la croissance du salaire excède celle de la productivité sur la période considérée, et qui amorce la spirale inflationniste. Une hausse trop importante du salaire peut provoquer une réduction de l'emploi, dans la mesure où une réduction de l'activité se produit à cause de cette hausse, et si les entreprises décident de remplacer par du capital technique une main-d'œuvre trop chère.

L'intervention de l'Etat est motivée à ce niveau par la recherche prioritaire d'un équilibre de plein emploi. Mais elle doit tenir compte du souci qu'a le salarié d'un équilibre de plus longue période, ce qui se traduit par les notions d'échelle mobile des salaires, de salaire garanti, etc. Ce souci, est-il besoin de le souligner, coexiste avec la nécessité de maintenir, dans la répartition du revenu national, la place nécessaire aux rémunérations du capital et de l'entreprise.


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