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Les systèmes.    

La notion de système est en grande partie un préalable dans la réflexion économique, car l'apparition de certains phénomènes, la politique économique applicable à leur endroit dépendent de la nature du système économique dans lequel on se trouve. La notion de système apparaît en effet dès qu'on cherche à dégager des lois ou des règles générales d'appréciation parmi l'ensemble des faits et des enchaînements quotidiens.

Selon les époques les mécanismes revêtent des caractères divers, qui tiennent à des types donnés de structure, mais aussi à une espèce de philosophie de l'activité, un « style », une manière d'agir de la société économique pour lutter contre la rareté des ressources. Ce style, qui qualifie le système, se développe dans un cadre d'accompagnement institutionnel et social donné, et dans une situation technologique plus ou moins perfectionnée et plus ou moins capable d'évolution.

Prenons un exemple : la fixation de la production d'un bien donné se forme selon des modalités dont l'analyse est essentielle pour le processus de production et pour l'action éventuelle sur le niveau de production. Or on peut fixer le volume de production par considération des besoins de l'économie, besoins appréciés par une entité ayant pouvoir de décision. Cette décision tient compte d'autres éléments, prix, revenu des consommateurs, besoins en autres biens, etc., et elle a des effets sur l'économie ; ces effets prévisibles, elle en tient compte ou non.

On peut à l'opposé laisser le volume de production se fixer par la réponse des producteurs à la demande des consommateurs, en fonction d'éléments, coûts, pouvoir d'achat, besoins, qui s'ajustent progressivement. Les effets sur l'environnement économique provoquent une réaction de cet environnement, réaction qui s'intègre au processus d'ajustement comme les autres éléments.

On peut à partir de là résumer brièvement les deux systèmes extrêmes à partir desquels tous les autres peuvent se constituer. 11 s'agit du système décentralisé et du système centralisé.

Système économique décentralisé.

Dans tous les types d'organisation, les agents économiques agissent en fonction d'un plan ou d'un calcul économique plus ou moins élaboré. Ces divers plans peuvent coexister et s'ajuster les uns aux autres sans qu'il existe au départ une vue et un plan d'ensemble. Comment un tel système peut-il éviter le chaos et l'incertitude ?

Ce sont les marchés qui permettent l'ajustement, en rapprochant offreurs et demandeurs, en fixant le prix et la quantité des divers biens. Entre les marchés des divers biens, l'ajuste­ ment se fait grâce aux rapports des prix entre eux, rapports déterminés en fonction des tensions que créent les besoins exprimés en monnaie.

Dans un tel système, l'intervention de l'Etat est épisodique, soit pour infléchir une orientation, soit pour redresser des erreurs, dues à des défaillances de structure. La caractéristique reste la liberté de confrontation des plans des agents économiques.

Système économique centralisé. Dans un tel système, il peut exister des plans individuels, mais ils sont soumis à un plan central d'où émanent toutes les décisions essentielles.

Cette concentration du pouvoir économique suppose simultanément un pouvoir politique très centralisé. Les décisions centrales portent en effet sur les objectifs à atteindre par chaque agent, les moyens à utiliser et les délais à respecter. Le calcul de l'agent est dès lors très réduit, et concerne des opérations minimes que le plan central n'a pas cru devoir prendre en compte.

Les diverses actions et leurs modalités étant déjà fixées par l'Etat, le rôle du marché et du prix sont différents de celui qu'ils ont en système décentralisé. Comme les quantités sont fixées a priori, les prix doivent être calculés pour que les échanges se soldent par des égalités comptables ; le marché ne sert qu'à la réalisation de ces échanges.

Dans ces conditions, l'économie peut avoir intérêt à être technologiquement aussi avancée que possible ; mais d'autres critères peuvent obliger à différer des améliorations dans un domaine pour permettre la réalisation d'objectifs dans d'autres domaines.

Plan et comptabilité nationale.

Dans la réalité, les conditions de l'un ou l'autre système se trouvent rarement réunies. Les plans particuliers des agents coexistent avec un plan d'ensemble de l'Etat. Ce plan central, plus ou moins contraignant pour l'économie, est toujours utile à l'analyse économique. Quelle que soit sa souplesse et ses limites, il doit rassembler un nombre important d'informations sur les données matérielles de l'économie, et aussi sur les facteurs psychosociologiques qui guident les comportements des agents.

Cette information est nécessaire à la mise en place d'une politique économique, interventionniste et autoritaire ou non. Même si le plan ne vise pas à tout régler dans le détail, la quantité d'information et la complexité des modèles de prévision restent importants.

Ce l'est d'autant plus que l'Etat cherche à planifier l'écono­ mie pour une période assez longue. L'accumulation de renseignements a d'ailleurs des avantages pour l'économie d'abord, car l'information recueillie est aussi utile aux agents économiques qu'au planificateur lui-même, et pour la science économique ensuite ; la mise en oeuvre des modèles permet de vérifier et de contrôler la correction des politiques suivies.

Il résulte un autre avantage de l'existence d'un plan ; c'est la nécessité pour l'Etat de dresser une comptabilité de l'activité nationale et de l'actualiser en permanence. Cette comptabilité nationale a pour but de chiffrer l'ensemble des opérations effectuées par les divers agents économiques de façon aussi détaillée que possible. Ces opérations sont la production des ressources, l'affectation de ces ressources aux divers emplois, consomma­ tion et épargne, l'utilisation de cette épargne à la création de capital et les mouvements financiers effectués par l'agent.

L'Etat procède en outre, pour élucider plus correctement les phénomènes et les besoins de la production, à des analyses sur les relations entre les branches de production, leurs achats et leurs ventes mutuels. La totalisation des ressources produites, des revenus distribués, et des dépenses donne les divers agrégats ou sommes globales de grandeurs caractéristiques de l'économie nationale. Ces agrégats sont cependant moins importants pour la science économique que les comptes sectoriels, parce que moins explicatifs.

De l'existence de multiples systèmes, on pourrait déduire que la science économique est multiple. En fait, s'il est vrai que dans certains cas des moyens déterminés sont mis en œuvre, par exemple la collecte de l'épargne par des organismes privés, et dans d'autres cas ne le sont pas, les nécessités de l'activité économique sont toujours les mêmes. L'épargne demeure un élément vital pour l'économie, l'investissement est indispensable à la croissance, etc. La science économique, dans l'étude qu'elle fait des moyens d'action contre la rareté des ressources, est simplement amenée à multiplier et diversifier les chapitres.


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